Encore des inégalités femmes-hommes dans la fonction publique ?

Pourquoi les inégalités femmes-hommes subsistent dans la fonction publique ?

 

Le progrès au sein de la fonction publique est palpable mais la parité n’est toujours pas acquise. L’objectif de 40 % de femmes occupant un poste à responsabilité en 2017 pourrait ne pas être atteint. Les inégalités femmes-hommes subsistent encore dans la fonction publique ?

 

Des chiffres inquiétants dans la fonction publique 

Alors que les femmes sont majoritaires dans les trois branches de la fonction publique, elles demeurent sous-représentées dans les postes de direction. Elles sont de l’ordre de 27,8 % dans les collectivités par exemple.

Certains ministères sont particulièrement en retard comme celui de la Défense avec 19 % de femmes cadres supérieures en 2016, ou bien l’éducation nationale 27 %.

Il en va de même pour l’écart de rémunération avec les hommes qui était de 17,1 % en janvier 2017 pour la fonction publique d’Etat.

Si les objectifs fixés par la loi Sauvadet du 12 mars 2012 ont été atteints (30 % de femmes à des postes de direction en 2016), le seuil de 40 % de femmes à des postes d’encadrement en 2017 est encore très loin d’être assuré.

Notons les nombreuses avancées intervenues dans la gestion RH depuis 2013, avec le développement du télétravail, la féminisation des répertoires des métiers ou encore la réforme du congé de paternité.

 

Des moyens restreints et des freins dans les carrières « féminines »

Les moyens alloués à la promotion de la parité sont très limités et témoignent du désintérêt de la question de la part des hautes autorités publiques.

Nous constatons par ailleurs que les sanctions ne sont pas appliquées : le non-respect de la loi Sauvadet doit en théorie entraîner une amende de 90 000 euros en 2017 par unité manquante, or à ce jour aucune somme n’a été versée.

On pourrait croire que le statut associé à la fonction publique confère une protection contre les discriminations. Or la mobilité professionnelle très présente au sein de l’Etat se révèle être un obstacle de taille dans la carrière des femmes devenues mères de famille.

Dans certaines branches la parité est vue comme une gêne et non comme une opportunité, à l’image de l’instauration d’une politique des quotas.

 

Des mesures et des initiatives pour améliorer le rôle de la femme

Certaines initiatives ont tout de même été prises comme la revue des cadres qui permet de repérer les éléments les plus compétents et de mener une politique d’accompagnement pour la suite de leur carrière.

De nombreux réseaux féminins ministériels se sont développés. En plus des coups de pouce traditionnels, ils proposent du coaching, du tutorat ou encore des ateliers prise de parole. Le but est de donner confiance à des femmes souvent trop timides pour qu’elles puissent avoir une vraie visibilité.

Dans le même registre, certaines envisagent la mise en place d’un vivier interministériel de femmes dès l’âge de 30 ans et qui serait au cœur d’une nouvelle politique RH.

C’est l’occasion pour Nathalie Pilhes, présidente de l’association Administration moderne, de « contrer les phénomènes d’autocensure et les contraintes qui interviennent très rapidement dans la carrière des femmes ».

Mais la plupart des changements significatifs proviennent en réalité de mesures coercitives comme les quotas. Si les quotas sont très efficaces, ils peuvent apparaître illégitimes pour certains. Pour Florence Méaux, déléguée des cadres dirigeants de l’Etat au secrétariat général du gouvernement, le quota ne va pas à l’encontre de la compétence.

Elle explique que l’Etat a recours à un cabinet extérieur pour déterminer les meilleurs profils et savoir qui bénéficiera d’un accompagnement spécifique, le processus de sélection est donc objectif.

Enfin, la DGAFP assure vouloir mettre en place des pénalités financières qui seront utilisées pour des actions pédagogiques dans la fonction publique. Une circulaire devrait voir le jour en 2017.

 

La prise de position des hautes fonctionnaires

Quatre associations de femmes hautes fonctionnaires ont envoyé une lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle, dans laquelle elles expriment leurs attentes en termes d’égalité femmes-hommes pour les emplois supérieurs.

La lettre met d’abord en avant le rôle bénéfique reconnu de la mixité dans l’encadrement dirigeant. Ces associations exigent une mixité à 50 % dans la direction, en particulier dans les conseils d’administration et les établissements publics.

Aujourd’hui, la sélection des profils ainsi que le choix des recruteurs doivent être repensés pour éviter tout biais inconscient.

Il convient aussi de s’attaquer aux écarts de rémunération et à une application plus stricte de la loi Sauvadet.

Il sera essentiel de renouveler la politique RH centrée sur le parcours professionnel, ce qui passe par une diminution de la mobilité et des horaires moins contraignants au quotidien.

La constitution de viviers féminins, la fin de la suprématie des grands corps et le travail à distance doivent devenir des priorités.

 

Qu’en est-il du nouveau gouvernement et des candidatures aux législatives ?

Composé de 11 femmes et 11 hommes, le gouvernement d’Edouard Philippe respecte en apparence parfaitement la parité. Cependant quatre des cinq ministères régaliens sont dirigés par des hommes, Sylvie Goulard ministre des Armées faisant figure d’exception.

Les législatives sont l’occasion de passer en revue le respect de la parité par les appareils politiques.

La France est aujourd’hui classée 63ème mondiale avec 26,3 % de femmes députés.

Ce mauvais résultat est en grande partie dû au parti Les Républicains ayant présenté 25 % de femmes lors des élections de 2012. Leurs aides avaient alors été diminuées de 14,6 millions d’euros conformément aux sanctions prévues par la loi.

Petit point parité pour les législatives de 2017 :

  • L’UDI a investi 35 % de femmes (ce qui les prive de la quasi-totalité de l’aide publique)
  • Les Républicains ne franchissent pas la barre des 40% de femmes (un tiers du montant de l’aide publique sera retenu)
  • Le Parti Socialiste a investi 48% de femmes candidates
  • La République en marche, la France insoumise,le Front national, le Parti communiste et les Écologistes affichent une stricte parité